Kersaudy : pourquoi l'Éducation nationale agonise

logo-lerc.jpgLe déclin du système éducatif français est inexorable. François Kersaudy retrace les étapes qui depuis 40 ans mènent à cette interminable faillite.

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Au siège de la NSA, où les écoutes ont repris de plus belle, on intercepte la 34 857e communication de la matinée, provenant d'une Assemblée située au bord de la Seine : 

- "Hey, Bill ! C'est un député de droite qui parle à sa secrétaire... Écoute un peu !" :

- "... L'inventaire de nos erreurs passées n'a pas été fait, et c'est dommage, parce qu'en les passant sous silence, on risque de les répéter. Si je devais les énumérer, je ne saurais même pas par où commencer... Bon, disons par l'enseignement : je crois que Mai 68 n'a fait qu'amplifier ce qui était déjà dans l'air du temps, où l'on était fasciné par les prestidigitations verbales de Lacan, les expériences pédagogiques anglo-saxonnes, la psychologie de Piaget, l'émergence de l'audiovisuel et les rêveries égalitaristes de l'opposition. Dans le projet de réforme de la commission Peyrefitte en 1967, on trouvait déjà en filigrane toutes les dérives à venir : dénonciation du cours magistral, dévaluation de la grammaire et de la littérature, structuration des classes en "petites républiques", suppression de l'examen de fin d'année pour éviter de traumatiser les élèves, etc. Mai 68 est venu y ajouter les outrances de la révolution culturelle chinoise, de la contre-culture américaine, de l'agitation libertaire, du constructivisme bourdieusien et de la fantaisie adolescente incontrôlée. Voilà le bouillon de culture qui s'est imposé depuis à tous les ministres, car dans ce domaine comme dans bien d'autres, la droite au pouvoir s'est laissée intimider par les bricolages intellectuels de la gauche..."

L'enseignement nouveau devait libérer l'enfant opprimé

La secrétaire : "Concrètement, qu'est-ce que ça a donné ?" 

"Le grand gourou Bourdieu dénonçait l'enseignement traditionnel comme un instrument de la domination bourgeoise, et il prétendait vaincre les inégalités par une pédagogie centrée sur l'élève : les connaissances n'étaient plus transmises, mais découvertes par l'"apprenant", qui devait construire son savoir à partir de sa propre expérience. L'enseignement traditionnel de maître à élève était réactionnaire, car il perpétuait la relation dominant-dominé, maître-esclave, patron-prolétaire. L'enseignement nouveau, lui, libérerait l'enfant opprimé : pas de vouvoiement, pas de langage bourgeois, pas de morale, pas de réprimandes, pas de retenues, pas d'exclusions, pas de notes, pas de classements, pas de récompenses, pas de devoirs, pas de leçons, pas de dictées, pas d'interrogations écrites, pas de lecture à haute voix, pas de calcul mental, pas de passé simple, pas de récitations, pas d'exercices d'écriture, pas de lecture syllabique, pas d'histoire chronologique, pas de littérature classique, pas de sélection, pas de règlements, pas d'examens, pas de redoublements - autant d'éléments traumatisants issus d'un passé répressif antédiluvien. Évidemment, tout n'a pas pu s'imposer, car même au royaume d'Ubu, le ridicule peut encore tuer..."

On a vu s'éclipser la discipline et l'effort

- "On n'a tout de même pas fait que s'attaquer aux anciennes pratiques ?" 

- "Non, bien sûr ; pour vaincre les inégalités, on a instauré le collège unique, la pédagogie différenciée, les conseils d'élèves, l'évaluation des compétences, les questionnaires à choix multiple, les itinéraires de découverte, les activités d'éveil, l'expression spontanée, le contrat de communication, l'autodiscipline, le décloisonnement, les études dirigées, les contenus allégés, la méthode globale, la grammaire structuraliste, les mathématiques modernes, le travail autonome accompagné, la pédagogie du détour, la sensibilisation citoyenne, la socialisation des écrits, les goûters éducatifs, les initiatives citoyennes, les déclencheurs d'écriture, les groupes de vie, les savoir-faire, les savoir-être, les autocorrections, les droits de l'enfant, les ouvertures à la différence, les démarches de projet, sans oublier l'éducation sexuelle, le Code de la route, les jeux vidéo et le hors-temps scolaire - tout cela dans une ambiance résolument égalitariste, jeuniste, non directive et gentiment contestataire... Les gouvernements de droite ont bien tenté de limiter les dégâts en fermant les instituts universitaires de formation des maîtres, ce qui n'était qu'à moitié intelligent, et en asphyxiant les réseaux d'aide spécialisée aux enfants en difficulté, ce qui était parfaitement aberrant. Mais pour le reste, ils se sont heurtés aux syndicats de gauche, aux parents d'élèves militants et à la loi Savary de 1983, disposant que les professeurs avaient le libre choix de leurs méthodes d'enseignement. Dès lors, entre la disparition des contraintes et l'apparition des innovations, on a vu s'éclipser la discipline et l'effort, en même temps que l'orthographe et la lecture - avec des arguties pitoyables de la part des autorités pour nier l'évidence..."

Les principes élémentaires de politesse sont absents dès l'école primaire

- "Mais nos écoliers ne sont pas moins intelligents pour autant !"

- "Certes non, mais leur capacité d'attention a beaucoup baissé, ils n'ont plus de repères chronologiques, leur écriture est illisible, et beaucoup peinent à lire du fait de la méthode globale : le libre choix par l'enseignant étant opposable à tous, cette méthode... progressiste exerce toujours ses ravages. C'est ainsi que dans notre système d'éducation égalitaire, l'avenir intellectuel de l'enfant dépend étroitement des fantaisies de son instituteur : une enquête a établi que 3,4 % des enseignants du primaire utilisaient la méthode syllabique, 9,3 % la méthode globale pure, 56,2 % la méthode mixte à départ global, 30,5 % "une démarche centrée prioritairement sur le sens du texte", et 0,6 % ne savait pas ce qu'ils faisaient ! C'est tout de même une fabuleuse loterie qui accueille nos jeunes dès le CP... Et les ministères de droite d'accompagner le mouvement : le règlement du concours des professeurs des écoles précise par exemple que "dans chaque épreuve, il est tenu compte, à la hauteur de trois points maximum, de la qualité orthographique de la production des candidats". Donc, avec soixante fautes d'orthographe, les futurs enseignants de nos chers petits peuvent encore avoir 17 sur 20 ! Mais le plus grave, c'est encore que les principes élémentaires de politesse sont absents dès l'école primaire, et que devant les parents-électeurs, on n'ose pas avouer qu'il est impossible d'instruire des enfants qui ne sont pas éduqués. Toujours ce manque de courage..."

Dans le secondaire, 30 % des élèves sont incapables de comprendre ce qu'ils lisent

- "On a beaucoup incriminé la massification..."

- "Oui, mais c'est le cas de l'école primaire depuis 1833, et elle ne s'en est pas portée plus mal. Par contre, la massification de l'immigration a certainement joué un rôle : aux faiblesses de l'enseignement branché et aux carences de l'éducation familiale est venue s'ajouter l'arrivée en nombre d'enfants d'immigrés, rapidement devenus majoritaires dans de nombreuses classes. Dire que l'entrée de 700 000 jeunes étrangers dans le primaire n'a posé aucun problème est politiquement correct, mais parfaitement inepte : en s'obstinant à nier les faits, on s'est interdit d'y porter remède. Beaucoup de ces enfants sont arrivés en cours d'année, sans parler le français, avec un énorme poids de préjugés familiaux, de haines claniques, d'interdits religieux et de traditions nationales très éloignées des nôtres.

Les gouvernements de droite ont laissé faire - surtout pas de vagues - et ils ont même rivalisé d'imagination avec ceux de gauche pour introduire des projets farfelus, comme ces "classes de langue et de civilisation des pays d'origine" - des cours de turc, d'arabe ou de bambara pour permettre aux enfants d'immigrés de mieux réussir à l'école française ! Une fois dans le secondaire, 30 % des élèves français ou étrangers sont incapables de comprendre ce qu'ils lisent. Mais à ce stade, il y a aussi la politisation à outrance par les comités d'action lycéens, la multiplication des règlements de compte dans des établissements "sanctuarisés", la circulation sans entraves des stupéfiants, la banalisation des poursuites pénales contre les enseignants, la déscolarisation tacitement acceptée, le harcèlement par les professionnels de l'antiracisme sélectif, l'intrusion des parents violents et la progression de l'intégrisme musulman - dont il ne faut surtout pas parler...

En fin de parcours, il y a un bac bradé, où les candidats peuvent avoir 24 sur 20 pour les meilleurs, et être reçus sans vraiment savoir lire pour les moins bons - qui se retrouvent ensuite dans des universités dites autonomes : depuis 1968, malgré trois décennies au pouvoir, nous n'avons pas pu y imposer la sélection ou même l'orientation, par peur panique des grèves et des manifestations menées par les syndicats socialistes, trotskistes et anarchistes qui tiennent le haut du pavé dans les facs. Résultat : la plupart des étudiants y perdent leur temps et se retrouvent à Pôle emploi. Mais ça, comme disait Kipling, c'est une autre histoire..."

Par 

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