L'austérité sans solidarité conduit droit au mur.

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Billet du blog de Georges Ugueux, banquier d'affaires, sur Lemonde.fr

La cacophonie qui a déjà été à l’origine de nombreuses incompréhensions face à la politique économique de l’Europe vient d’atteindre un paroxysme qui mérite qu’on prenne le temps de se demander si cette guerre de mots dépasse la démagogie politique et risque d’atteindre la substance même de l’économie européenne.

Trois positions contradictoires.

Prenons les trois dimensions de ces derniers jours :

  • L’attaque française contre l’Allemagne : La fronde des socialistes français renforce l'hostilité des Européens du Sud au "diktat de l'austérité" imposé par Berlin, comme la décrit le courrier international.
  • L’Allemagne face à la France : la France n'est pas au niveau de son partenaire allemand. Et comme dans tout couple tentant de se retrouver, le partenaire le plus sûr de lui ne peut pas toujours porter son partenaire, écrit Le Monde.
  • L’Italie entre dans la danse avec la déclaration du nouveau Premier Ministre :L'Italie se meurt à cause de la seule austérité. Les politiques en faveur de la relance ne peuvent plus attendre".

Le cas français est-il désespéré ?

La France a augmenté sa dette plus vite que l’Allemagne. En termes relatifs, Paris et Berlin avaient en 2007 un ratio de 67% Dette/PIB. L' Allemagne est à 82% alors que la France est à 90%. Les salaires français et les charges sociales sont supérieurs à ceux des Allemands. Cela veut-il dire que c’est sur le seul terrain salarial et des charges sociales que doit se développer l’austérité ? Ce serait inéquitable.

Il ne peut y avoir de responsabilité acceptable que si la solidarité est présente. Malheureusement, les syndicats voudraient bien que les sacrifices ne touchent pas les travailleurs : dans ce cas, la compétitivité et la croissance ne seront pas aux rendez-vous. Les entreprises voudraient voir leurs charges diminuer, sans pour autant proposer des mesures concrètes au sommet de leur échelle salariale.

Cette contradiction crée le statu quo. Et c’est cet immobilisme de la France qui inquiète. Une guerre de mots ne rendra pas facile une concertation indispensable.

L’Allemagne présente-t-elle un diktat ?

Que le miroir germanique puisse blesser n’étonne pas. Il est presque aveuglant. Seulement, il y a un problème. Otez l’Allemagne de l’Europe et l’édifice s’effondre. Avec une part de 27% dans les garanties de l’Eurozone, L’Allemagne porte la plus grosse charge dans les sauvetages, suivie par la France à 20%.

Que la Chancelière Merkel ait des difficultés à vendre des contributions à Chypre, la Slovénie et autres Espagne peut se comprendre. Mais elle sait combien son pays a besoin d’une croissance européenne plus large pour survivre : le commerce allemand se fait d’abord et avant tout avec ses partenaires européens.

Si elle tente de minimiser le risque d’intervention dans les sauvetages voisins, elle cherche cependant la croissance, et en constitue la locomotive.

L’Italie parviendra-t-elle à résoudre la quadrature du cercle?

On comprend le discours désespéré du nouveau Premier Ministre Italien, Enrico Letta (ndlr : sur la photo). Mais sa dette continue à croitre, et il annonce une croissance des dépenses…sans augmentation de l’endettement. Il faudra suivre de près cette arithmétique.

Si l’Italie avait été vertueuse, elle pourrait faire face à une augmentation de son endettement au-delà de 130% à la fin 2013. C’est difficilement gérable, d’autant plus que cette dette a été raccourcie d’un an et que le seul refinancement des dettes venant à échéance atteint 400 milliards d’euros par an.

Osera-t-il ce que ni Mario Monti, ni Vittorio Grilli n’ont osé ? Une consolidation volontaire des échéances les plus courtes ? Il ne l’a pas évoquée. Mais Fabrizio Saccomani, le Ministre de l’économie et des finances est un sage qui a passé 40 ans à la Banca d’Italia. Il connaît le défi et en a parlé sans concession dimanche dernier à Washington alors qu’il était encore Directeur Général de la Banca d’Italia.

La croissance responsable est la seule issue : il faut lâcher du lest.

Jouer à la fois sur le frein et sur l’accélérateur est une manière de conduire que tous les grands pilotes automobiles connaissent bien. Dans les virages, l’accélérateur tue. Dans les lignes droites, les freins retardent.

L’Europe est maintenant arrivée à un point où elle doit apprendre à renouer avec la croissance responsable. Il ne s’agit ni de jeter l’argent par les fenêtres, ni de suffoquer le consommateur, ni de saigner à blanc les pensionnés, ni de priver les travailleurs de leur travail. Ce serait suicidaire.

La croissance responsable n’est pas une chose impossible, pour autant qu’il y ait un vrai consensus sur le fait que tous et chacun participent a l’effort. Il faut lâcher du lest sur les déficits budgétaires. Le chiffre de 3% a toujours été absurde. Mais il faut le faire avec modération : c’est là que le sens des responsabilités est crucial.

Il ne s’agit pas de dépenser pour ajouter des avantages à l’une ou l’autre catégorie. Une latitude de 2% par an au-delà des 3% actuels permettrait, au cours des deux prochaines années, permettrait de remettre en selle une économie en récession.  Elle devrait être utilisée exclusivement pour des mesures d’investissement à long terme, approuvées par la Commission européenne, et créatrice de croissance.C'est le principe même des déficits anticycliques.

Le cheval est fou. Il ne faut pas lui lâcher la bride, mais elle est trop serrée pour lui permettre de reprendre son trot et d’éviter une ruade mortelle. C’est à la fois un sport et un art. En serons-nous capables?

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