Médias et écologie: quelles plumes bio pour les canards ?

logo-lerc.jpgLe journaliste Hervé Kempf a annoncé son départ du journal Le Monde le 2 septembre dernier. Une nouvelle qui a fait grand bruit chez ses lecteurs et dans la presse. De quoi poser la question du traitement de l'écologie dans les médias. Et plus largement de la façon dont le journalisme peut favoriser une autre vision du monde.

Du journaliste environnement...

Laure Nouahlat, dans Libé, commente l'affaire en parlant d'un refroidissement climatique dans les rédactions: constatant que les informations surdark-wing-duck.jpg l'état de la planète sont anxiogènes, elle souligne à quel point certains médias favorisent désormais une écologie consensuelle, pour "montrer le futur souhaitable plutôt que s’appesantir sur le constat"."Dénoncer ne suffit plus, donner envie est un pari…" remarque aussi celle qui se met en scène dans unesérie vidéo écolo-déjantée depuis août 2011.

Sur Médiapart, Jade Lindgaard insiste sur l’enjeu du journalisme sur l’écologie: il doit siffler les infractions légales ou réglementaires et participer à remettre en relation les sociétés humaines avec la nature: "De la même façon que des journalistes aux convictions socialistes bien ancrées ont livré des reportages dénonciateurs sur la pauvreté des classes laborieuses ou l’horreur du travail des enfants au XIXe siècle, les journalistes écologistes ne se contentent pas de raconter un sujet, ils participent d’un mouvement de revendication : celle de la reconnaissance de l’enjeu environnemental", argumente-t-elle. L'écologie n'est pas assez reconnue, "si bien que l’écologie, au sens des rapports entre l’être humain et la nature, est à la fois un sujet et un mouvement politique. C’est peut-être une difficulté philosophique propre au journalisme environnemental aujourd’hui... C’est un contre sens de reprocher son engagement à un journaliste environnemental puisque c’est l’objet même de son entreprise intellectuelle" conclut-elle.

...à l'environnement journalistique

Au-delà de ce débat apparaissent depuis 2008 des démarches visant à promouvoir une autre forme de journalisme, plus positive. C'est tout le sens d'une démarche portée parReporters d'Espoirs par exemple, qui propose régulièrement des numéros spéciaux (type Libé des solutions) ou des événements destinés à "donner envie d'agir". L'ONG travaille actuellement avec RTL Belgique pour fournir des solutions aux auditeurs à plusieurs reprises dans la journée.

Une ambition portée également parSparknews, à l'origine le 23 juin 2013 du premier "impact journalism day" qui a réuni 22 journaux dans le monde entier afin de mettre en avant les initiatives innovantes. "A travers cette opération coup de poing, il ne s’agit pas d’occulter les problèmes de la société, mais bien de s’intéresser aux enjeux actuels à travers les réponses qui existent d’ores et déjà" expliquent les équipes de Sparknews qui souhaitent valoriser le rôle du journaliste dans la dénonciation des problèmes actuels tout autant que dans l'éclairage des initiatives inspirantes pourvoyeuses de solutions.

Mais comme le souligne la journaliste scandinave Cathrine Gyldensted qui a exercé pendant 13 ans en temps que reporter pour différents médias TV ou radio (Nightly News/TVAvisen, Danish Broadcasting Corporation), il s'agit aujourd'hui d'ajouter un outil constructif dans la mallette des reporters, que leur journalisme soit positif pour l'audience et/ou la société.

Inspirée par des études en psychologie positive qu'elle a validé en 2011 à l'Université de Pennsylvannie, elle forme aujourd'hui à cette approche qui reflète plus un état d'esprit et une façon de réfléchir au traitement de l'actualité. "Il ne s'agit pas de rendre obsolète les techniques de reportage classique, car les méthodes restent les mêmes. Mais la couverture d'un fait médiatique se définit alors par le fait de challenger les interlocuteurs, d'insister sur les solutions, de couvrir l'histoire jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée, etc." explique-t-elle, estimant qu'il est beaucoup plus facile de relayer les querelles de politiciens que de les travailler au corps pour qu'ils formulent des solutions et s'engagent à les tenir.

Il est certain que nous avons encore du pain sur la planche, en France, pour arriver à voir les verres à moitié plein... Dommage, car ce serait déjà plus engageant pour les canards.

par Anne-Sophie Novel sur le blog lemonde.fr

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